Des mots pour des maux : les coulisses de la Carabane.

Mis à jour : févr. 7




Il est rare que les parents entendent leurs enfants s'exprimer en atelier philo, mais lorsque ça arrive, ils sont toujours sidérés : sidérés par leur capacité d'abstraction, sidérés par l'expression affirmée de leurs opinions, sidérés par les émotions si fortes qu'ils expriment avec un naturel désarmant.


Effectivement, nos vies qui vont trop vite nous amènent plus souvent à demander à nos enfants : "miel ou confiture ?" que "Que penses-tu de la liberté ?"


Depuis que j'ai lancé La Carabane il y a 3 ans, c'est fou comme, en atelier, j'arrive à reconnaître au premier coup d'oeil les enfants " qui cogitent non stop". C'est celui qui monopolise toute la parole. C'est celle qui n'ose pas. Celui qui est trop rapide ou trop lent, la maladroite un peu gênée, le trop timide ou hyperactif, et surtout surtout : ce sont tous ceux qui ont des parents inquiets et désemparés...


A La Carabane, nous croyons à la philo pour les enfants. Pour TOUS les enfants. Mais nos plus beaux résultats, nos plus belles histoires et nos plus belles émotions, nous les devons à ces enfants "compliqués", qui se sont mis à dire des choses qu'ils gardaient en eux depuis tant d'années. Les problèmes d'incommunicabilité foisonnent entre parents désemparés et enfants réputés "difficiles". Pourtant, ces mêmes enfants, ces enfants qui communiquent mal révèlent dans nos ateliers philo un irrésistible besoin de parler, de partager leurs idées et leurs émotions, qui sont souvent d'une incroyable richesse. On sent immédiatement chez eux, ce bouillonnement d'idées, ce besoin viscéral d'exprimer leur ressenti, leurs émotions, leurs opinions. Ce besoin d'apprendre à dire, à partager, à ne pas se taire.


C'est Luca, 7 ans, tous les soirs muet comme un oeuf à la table du dîner, mais qui lance très sérieux en atelier philo qu'"on devrait toujours mourir heureux",

C'est Sacha, 9 ans, préado rebelle en conflit armé avec sa mère, qui nous explique que "la violence ne vient jamais du coeur mais des pieds",

C'est Noémie, 6 ans et demie, petite et complexée comme une pomme, qui veut "faire de sa vie un livre d'art moderne"…


Parfois je les envie, ces enfants si complexes : je les regarde en atelier, ils sont tout excités, la philo leur dévoile des horizons qu'ils n'imaginaient pas, ils s'ouvrent en grand et ils sont tout à coup plus heureux, libérant une parole qu'ils ont cachée si longtemps. Et les enfants que nous avons eu la chance de suivre sur 2 ou 3 ans témoignent d'une adolescence paisible, en tous cas bien plus paisible que celle que leurs parents imaginaient. 


Alors souvent, après un atelier, les parents de ces enfants-là nous remercient avec émotion, parfois même les larmes aux yeux. Certains m'ont écrit des lettres, des messages. D'autres m'ont même invitée au restaurant. Et pourtant. 

Est-ce si difficile à croire que les enfants dits "difficiles" ont aussi des choses à dire ?


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